mardi 20 septembre 2016

Le monde ou rien : compilation surprise et beaucoup de cadeaux.



Salut les punx. Ça fait longtemps que je n'ai rien posté sur le blog... Je dois toujours poster le MUSIC OVERLOAD / EMOTIONS OVERFLOW #2. Je ne l'ai pas oublié, au contraire, il ne fait que grossir. Mais jusqu'à aujourd'hui, je préparais un projet que j'ai lancé début Juin. Voici "Le monde ou rien", un gros projet que j'ai lancé en Juin dernier, à la suite des événements qui secouent la France depuis le début de l'année. C'est une compilation réunissant une quarantaine de groupes de la scène punk / hardcore française, ainsi que quelques personnes spectatrices et acteurs / actrices de la scène à différents niveaux. Vous trouverez avec ces morceaux, un .pdf contenant des revendications, des textes intimes, des petites anecdotes... Un peu de tout. Je me suis moi-même beaucoup exprimé. Et sur la page bandcamp, vous trouverez également les lyrics de la plupart des morceaux.

Un énorme, immense, éternel MERCI à tout les groupes qui ont apporté leur participation à ce projet qui m'a coûté bien des nuits et qui m'a donné bien des sourires, à ces groupes qui m'ont fait confiance, qui ont cru à ce projet. Je suis extrêmement fier, heureux, et aussi anxieux, de cette compile, de vous la présenter. J'espère de tout coeur qu'elle vous plaira. N'hésitez surtout pas à la partager autour de vous, et me dire ce que vous pensez des groupes, du zine digital. Je vais bientôt faire le nécessaire pour faire des formats physiques du pdf. Oui, un fanzine :) . Je vous tiendrais au courant de l'avancée de cette étape.

LE MONDE OU RIEN.





ENGLISH TRANSLATION :

Hey y'all. It's a while since I haven't posted something here. I still haven't posted the MUSIC OVERLOAD / EMOTIONS OVERFLOW #2, but I haven't forgot it, I swear. And there was a reason to this silence. Since early June, I prepared in secret a compilation, about french punk / hardcore. But I wanted more to just talk about noise. I wanted to talk about what was going on, in France, Maybe you've heard about all the police / terrorist violence we have endured all year long, until now. Maybe you've heard about the abuse of authorities, the complete ignorance of the people in the streets. Maybe you've heard all these stories about racism, hatred, discrimination, about muslims, migrants, young people... 

We all think we can't let this be a thing anymore. It's time to react. 

There's tons of kids, adults, old people, that still tread the pavement against all the abuses, against the injustice, the lies, the oppression, the laws imposed to us without asking our opinion. I wanted to be a part of it. Then I had the idea to put online this compilation, named "Le monde ou rien" (in english : the world of nothing). 42 bands, with different messages, but same passion, anger and strength. All these poeple have the same desire to change everything in our societies, in their lives. Also, some bands have participated to a .pdf where you can find manifestos, poems, intimate textes about our very selves, about things around us... But it's all french, sorry people. :(

Hope you'll like all these songs like I do, hope you'll love the sound, the lyrics. There's brand new songs from Potence, Sugartown Cabaret, Fake Off, Barque, Guerilla Poubelle, and an unreleased song from Alta Marea, the first and last screamo song of the math-rock band, specially re-recorded for the compilation. I'm so very proud of this. I made it for you, for us.

THE WORLD OR NOTHING.

mercredi 20 juillet 2016

GO FOLK YOURSELF : quand le hardcore se fait sagesse.



Tout me débecte ces derniers temps, le monde est de plus en plus sombre à chaque heure qui passe. Rien n'arrête la chute, pas même la révolte. Alors en ces jours obscurs, je cherche l'évasion. Et il me semble bien que ces messieurs m'aient aidé. Des amis de l'internet, ou de la scène parisienne, qui m'ont chacun offert un instant d'évasion à chaque fois différent. 3 visions différentes de la folk. Qu'elle soit mécanique, mélancolique, ou sombre, elle a toujours été cathartique et bénéfique. Et ce qui est amusant, c'est qu'ils viennent tous du punk hardcore. Leurs idéaux, leurs passions, restent aussi brillants, mais ils exposent leur vécu, leur rage, avec sagesse et douceur. Et cela donne des disques d'une puissance émotionnelle aussi forte qu'un disque de screamo, de sublimes échappées dans lesquels on se reconnaît tou.te.s un peu, des peines et des rêves racontées à fleur de peau, peut-être un peu plus que des artistes au background plus "classique"... Emo goes folk, let's go.

NICOLAS QUIRIN - Lullabies For My Ghost

J'avais découvert ce monsieur lors d'un concert folk de grande qualité à Paris : il jouait ce soir-là avec Cavan Moran, Miles Oliver et Odds & Ends. Il avait réussi à me toucher, avec la délicatesse de sa voix, allant de pair avec les instants de vie qu'il racontait, via sa musique intimiste et mélancolique. Mais il n'avait encore rien sorti, si je ne me trompe pas. Deux ans sont passés depuis, et Nicolas Quirin a sorti son premier album, Lullabies For My Ghost, en septembre 2015, chez La Face Cachée. Lui et moi, on partage la passion du french screamo 2005, on est venu à en discuter et il m'a rendu jaloux en me disant qu'il avait une quantité non négligeable de disques de cette grande époque (oui, j'ai soigneusement évité la blague évidente et lourdingue que vous devinerez sûrement, désolé), mais m'a consolé en me proposant de m'envoyer un exemplaire de son disque. En ce doux après-midi d'une fin Juin 2016 nous offrant un peu de soleil au milieu de toute cette noirceur ambiante, j'ai posé cet album sur ma platine. Et quelle agréable sensation de tout d'abord replonger dans mes souvenirs de cet instant chaleureux pour bien des raisons, que fût cette soirée parisienne de Janvier 2014... Et ensuite d'autres souvenirs, aussi doux qu'amers. Oui, ce sont des souvenirs contrastés qu'on fait remonter en moi Nicolas au travers de ses récits, d'un disque dont le climat est plutôt brumeux, mais jamais tempétueux. Pensez à la brise fraîche d'une nuit d'été où l'on errerait dehors, sans autre but précis que celui de divaguer dans ses pensées, refaire sa vie.

Lullabies For My Ghost nous invite au voyage, dans un univers rempli de tendresse, de nostalgie, tout en simplicité. Le paysage est clairement établi et représenté par son artwork sombre mais au tracé, au contenu enfantin. À l'écoute de ces 8 titres, j'ai retrouvé ce qui m'a fait accrocher à la musique de Nicolas il y a 2 ans : la douceur est toujours le fil conducteur de son univers, une douceur cependant pleine de sensibilité.  Des chansons majoritairement inspirées par l'amour, le trouble de l'âme, des moments de faiblesse et d'insouciance que l'on a tou.te.s vécu. Et je l'en remercie pour cela, car c'est tout ce qu'a besoin le monde et nos coeurs actuellement : l'émotion, l'imagination, l'amour. "Let’s send to the moon your prayer for the whole world, for the time that runs out before we fall asleep. For now I just wonder where the dead go, teach me how to have fun, teach me..." - "Rooftops And Bottle Bottoms". Forcément, il est dur de ne pas céder à la tentation des réflexions sombres lorsqu'il s'agit de se confier, d'ouvrir son coeur. 

Plus haut, j'évoque l'attrait de Nicolas pour le screamo. Mesdames et messieurs, coïncidence totalement calculée par mes soins, voici LE PUNX POINT : Plume Cordier, a.k.a Mohawk, a.k.a le chanteur des excellents et rigolos Direwolves, nous offrent quelques belles mélodies sur "Songs about Laura, Part 2". Mais dis-moi Nicolas, pourquoi as-tu fait ça ? Il a forcément fallu que tu écrives sur une femme nommée Laura... Et évidemment, je retrouve des situations que j'ai vécu avec une Laura, moi aussi. "She’s thinking about pointless things like shoes and Ice-Cream, and how to hide her cigarette pack if her mother arrives.". Tu me rappelles que bientôt 4 ans après, il est dur d'oublier certaines histoires, certains détails. Ceux-ci même qui peuvent t'inspirer tout au long d'une vie, dans tes erreurs comme dans tes succès. C'est pour ça que les disques comme les tiens existent, et qu'ils font du bien, pas vrai ?

À force de se laisser aller, on a l'impression que l'on est trop vite arrivé au bout de cet album lorsque l'on arrive sur ce dernier instant de confessions poignantes qu'est "Siberia", un dernier morceau de vie, d'abstraction, accompagné d'un piano tout aussi délicat et mélancolique que le reste, se faisant plus grave au fur et à mesure que la chanson avance. Et tout se finit sur d'ultimes notes : celles de gouttes de pluie qui semblent tomber sur une fenêtre, puis le silence. Un dernier rappel du sentiment général qui anime ce disque, de ce que j'aime entendre et voir pour que le temps et la tristesse soient chacun plus agréables à regarder passer.

4 morceaux de l'album sont en écoute ci-dessous, les autres sont disponibles sur Deezer, ou sur le disque, tout simplement.




YETI - Amidst

Mon tout premier concert de post-rock, c'était le 17 Décembre 2012, avec Totorro, Jean Jean, Man Is Not A Bird et Hier. Tel un cadeau de Noël, j'y ai découvert ce soir-là le tout meilleur du folklore math/post-rock français (mais c'était bien avant que MINAB ne devienne un groupe de shoegaze). C'est Hier qui a ouvert cette soirée, et je me rappelle bien que ce groupe m'a transpercé le coeur et m'a fait pleurer de l'intérieur. C'était magnifique, la voix et le chant du frontman m'ont bouleversé, je suis tombé quasi-instantanément fan de cette interprétation ultra-intimiste, à fleur de peau, presque jazzy du post-metal. C'est après être tombé sur mes quelques éloges écrits que Vincent, frontman de ce groupe, est venu vers moi. Il a également joué dans un groupe tout aussi atypique et fantastique, Syrtis Major, relativement similaire aux travaux d'Hier mais que je n'ai jamais eu la chance de voir en live. Entre temps, il m'a présenté son nouveau projet, Yeti, créé avec son comparse Julien (le grand maître des machines et des percussions), initialement situé quelque part entre folk et lo-fi, et j'ai découvert son compte instagram dont je suis complètement fan, tant il reflète au mieux leur quotidien, leur musique, leur esprit, et tant il colle à ma routine personnelle. La banlieue, les lieux banals qui pourtant racontent une émotion précise de ce moment où l'on tombe sur cet endroit, la pluie, les couleurs chaleureuses du soleil levant, le gris de Paris, la nostalgie, le Japon (hey, Vincent a une Super NES et il aime Envy !)... Et c'est exactement ce qu'ils racontent, au travers de Yeti.

Sur Amidst, on a affaire à une musique très complexe, difficile à appréhender. Un mélange entre une folk pleine d'humanité et de sensibilité, et des influences électroniques, presque industrielles, beaucoup plus froides et pesantes. Une fois, on m'a dit que le chant de Vincent (et ses projets en eux-mêmes d'ailleurs) était proche de celui de Keeley Davis, frontman d'Engine Down. Eh bien oui, c'est à peu près ça : imaginez-vous un side-project de Keeley principalement influencé par l'urbain, tout en conservant la fragilité et la délicatesse de sa voix, et vous obtenez cet album qui m'a d'abord laissé dubitatif, différent à bien des égards des précédents projets du parisien, puis qui a finalement suscité toute mon attention... Et c'est tellement intéressant à écouter, voire carrément à explorer, que je me dois de vous le raconter dans le moindre détail...

Ces paysages sonores troubles paraissent opaques à la première écoute, il est difficile de trouve la cohérence entre la chaleur des guitares folk et des voix, et la froideur des machines. Mais plus l'on avance dans le disque, plus son âme se dévoile, et plus l'ensemble s'harmonise. Il faut sûrement y voir la trace de Wovenhand et des Swans, dans ces expérimentations sonores pointues, arides mais touchantes, s'étendant sur la longueur, jouant avec les nerfs de l'auditeur. Ce disque s'ouvre avec "Phos", une plage essentiellement drone, un mouvement sonore hypnotique, sombre, saturé, qui évoque le gris, l'ennui, l'obscur, mais où résonne en fond un quelque chose mélodique, comme l'illustration d'une couleur chaude ayant viré au pâle, comme l'étincelle dans cet étouffement. C'est en fait une introduction à "Buildings", où l'on est d'emblée transporté, ébloui, par cette sensibilité extrême qui réside dans la voix de Vincent, dans le jeu de guitare, tout deux d'une mélancolie profonde. Une douceur réconfortante, résonnant comme une comptine, où grondent néanmoins un orage : tu la connais bien, cette lourdeur caractéristique d'un coup de tonnerre d'été, cette odeur d'humidité chaude ? C'est ces éléments que l'on retrouve dans la pesanteur que retranscrivent ces drones saturées, qui transcendent ces douces mélodies, le tout se répétant au fur et à mesure que le morceau s'écoule. Totalement prenant.

S'en suit "Amy", principalement basée sur des sonorités électroniques, qui fait encore plus la démonstration de la cassure entre l'industriel et la routine, et la légèreté et l'insouciance. Un beat mécanique et froid, un sample robotique, croisant des notes de glockenspiel et des loopings de guitares. Deux univers totalement différents, qui se confondent et s'imposent l'un à l'autre. Une dualité captivante, et toujours hypnotisante. J'imagine bien ce morceau dans un anime psychologique, dans un épisode de Death Note...

Des contrastes saisissantes se retrouvent également dans "The Path", mais dans un registre différent : c'est ici une progression vers une instrumentation plus posée, et des guitares beaucoup plus lourdes et saturées qui vont, au fur et à mesure que le morceau avance, finir en un nouveau drone rugueux, perçant, un bourdonnement fort, tel l'orage lointain, le tout accompagné d'une légère boucle electro. Mais la musique de Yeti peut également être totalement dépouillée, dépourvue de toute artifice, en témoigne "Fall Is At Dawn", un morceau dans l'esprit lo-fi originel de la formation, ou "Monowl", un simple duo guitare/voix qui conclut magnifiquement l'album. L'élève de Wovenhand se permet même d'égaler le maître, en reprenant "Singing Grass" en guise de "hidden track", toujours avec cet élan frissonnant de délicatesse.

Je choisis volontairement de ne pas vous en dire plus sur ce disque, car il est réellement à découvrir, à explorer de vous-même. C'est un album plein de mystères, de singularité, de complexité et de fragilité, qui romance la routine, qui illustre intelligemment un panel large d'émotions, d'influences, d'idées. Un de ces disques de l'ombre qui pourtant ont tout des grands. À priori, le prochain disque des garçons devrait clairement être dans le style de "The Path". Amidst restera donc un disque unique, le témoin d'un temps précis, une petite pépite qui ne se dévoilera qu'à certaines âmes égarées.

Ci-dessous, le clip du titre "Wolves". L'album se découvre également sur Deezer, et sur un CD à l'artwork et au livret travaillé, beau, mystérieux.



THROW ME OFF THE BRIDGE - April Showers

Après avoir sorti un sublime LP, Blindforded Traveler, le multi-instrumentaliste lavallois Quentin Sauvé, officiant dans le triangle d'or du Laval hardcore jeu (Birds In Row, As We Draw, Calvaiire), revient avec Throw Me Off The Bridge (qui est désormais devenu un groupe plus qu'un projet solo, me semble-t'il) pour proposer un nouvel EP, April Showers, où il fait évoluer la recette de son side-project, conservant la balance entre indie folk et l'intensité cathartique du post-hardcore, mais en laissant un peu plus de place à l'électricité, je pense notamment à ces nappes de claviers épaisses et bourdonnantes, au côté cassant et rugueux des guitares électriques, sans pour autant que cela noircisse trop l'atmosphère du disque : on y retrouve toujours autant de pureté, malgré l'élan général plutôt mélancolique, en témoigne le ton lyrical toujours personnel et anxieux. "The roof is crushing my bones. Stones, breaking windows. Will the sun enter my home? Or will I just leave it all? Can I just live after all?"

Mais Quentin sait aussi donner du courage depuis l'album, et heureusement, ça n'a pas changé. Ainsi, "Weak Spot" nous donne du self-esteem, nous pousse à croire en nous, dans un même contraste instrumental entre brume et soleil. "There ain't no wrong decision, there ain't no right answer. Stick to your own opinion and wait a little bit longer. Ask yourself the right question, at least give it a try. We're like every normal person, frustrated, unsatisfied."

Encore une fois, le lavallois nous propose un disque à fleur de peau, plus abrupte, mais jamais oppressant. Il me tarde vraiment de revoir ce projet sur scène, tant c'est émouvant à voir et à entendre, et tant ces chansons regorgent d'intensité. Merci Quentin.



YOU CAN READ THE ENGLISH TRANSLATION BY CLICKING ON "Plus d'infos" ! :)



ENGLISH TRANSLATION :

Everything disgusts me currently, the world is becoming darker with each passing hour. Nothing stops the fall, not even revolt. So in these dark days, I just looking for an escape. And it seems to me that these gentlemen have helped me. Friends of the internet, of the parisian punk scene, who gave me 3 different kind of escapism, 3 different visions of folk. Whether mechanical, melancholic, or dark, it has always been cathartic and beneficial. And the funny thing is that they all come from the hardcore punk scene. Their ideals and passions remain as brilliant, but they expose their experience, their rage, with wisdom and gentleness. And that gives records with a strong emotional power like in a screamo records, sublime escapements where we all recognize ourselves a little, pains and dreams told with great sensibility, perhaps a little more than folk artists with a more "classic" musical background... Emo goes folk, let's go.


NICOLAS QUIRIN - Lullabies For My Ghost

I discovered this gentleman in a high quality folk concert in Paris: he played that night with Cavan Moran, Miles Oliver and Odds & Ends. He truly touched me with the delicacy of his voice, coupled with the moments of life that he sang us, through its intimate and melancholic music. But he hadn't released anything yet at this moment, if I'm not mistaken. Two years have passed since, and Nicolas Quirin released his first album, Lullabies For My Ghost, in September 2015 at La Face Cachée. He and I, we share the passion for 2003-2006 era french screamo, and through our passionates discussions he made me jealous by saying he have a significant amount of records of that great time, but he has consoled me by offering to send me a copy of his album. In this sweet afternoon of a late June 2016 that offering us some sunshine amid all this ambient darkness, I've played the LP on my turntable. And what a pleasant feeling of, firstly, diving back into my memories of this warm moment for many reasons that was this parisian evening of January 2014... And then other memories as sweet as bleak. Yes, these are contrasting memories that Nicolas has reminded me through his stories, a record with a hazy atmosphere, but never tempestuous. Think of the cool breeze of a summer night where we wander outside, with no other purpose than to wander in our thoughts.

Lullabies For My Ghost invites us to travel in a universe filled with tenderness, nostalgia, full of simplicity. The landscape is well established and represented by the dark artwork but with a childlike content and design. By listening to these 8 tracks, I found once again what made me hold on to the music of Nicolas 2 years ago: sweetness is always the main theme of his world, however full of sensitivity. Songs mostly inspired by love, the disorder of soul, moments of weakness and carelessness that we all lived. And I thank him for that, because it's all that the world and our hearts needs now: emotion, imagination, love. "Let’s send to the moon your prayer for the whole world, for the time that runs out before we fall asleep. For now I just wonder where the dead go, teach me how to have fun, teach me..." - "Rooftops And Bottle Bottoms". Inevitably, it's hard not to give up to the temptation of the dark thoughts when we confess, when we open our heart.

Above, I've mentioned the fact that Nicolas loves screamo. Ladies and gentlemen, a totally calculated coincidence, HERE'S THE PUNX POINT: Plume Cordier, a.k.a Mohawk, a.k.a the singer of the excellent and funny french crust/hardcore band Direwolves, offer us some beautiful melodies on "Songs about Laura, Part 2". But tell me Nicolas, why did you do that? Why you had to write about a woman named Laura ... Because obviously, I found situations that I lived with a girl named Laura, too. "She’s thinking about pointless things like shoes and Ice-Cream, and how to hide her cigarette pack if her mother arrives.". You reminded me that nearly 4 years after, it remains hard to forget some stories, some details. These souvenirs that can even inspire you throughout life, in your mistakes and your successes. That's why that record like yours exist, and that they make us feel good, right?

By dint of letting go, it seems that we reached too fast to the end of this album when it reaches the last moment of poignant confessions that is "Siberia", one last piece of living, abstraction, accompanied by a piano just as delicate and melancholic than the rest. And everything ends on a final note: those raindrops that seem to fall on a window, then silence. A final reminder of the general sentiment that animates this record, of what I like to hear and see for allowing to time and sorrow to be more pleasing to watch pass.

You can listen to 4 songs just below, others are available on Deezer.




YETI - Amidst

My very first post-rock concert was on December 17, 2012, with Totorro, Jean Jean, Man Is Not A Bird and Hier. As a Christmas gift, I discovered that night all the best of french math / post-rock folklore (but this was before MINAB goes shoegaze). Hier opened this evening, and I remember that this band has completely pierced my heart and made me cry inside. It was beautiful, the voice and the singing of frontman have upset me, I became almost instantly a fan of this ultra-intimate and kinda jazzy interpretation of post-metal. After he saw my praises about this show, Vincent, frontman of the group, came to me. He also played in a band equally unusual and fantastic, named Syrtis Major, quite similar to Hier's work but I never had the chance to see them live. Meanwhile, he presented his new project, Yeti, created with his friend Julien (the great master of machines and percussions), initially located somewhere between folk and lo-fi, and I've found his instagram account of which I am completely fan, as it reflects at best their routine, their music, their mind, and my own routine. The suburbs, pictures of boring places that evokes us the specific feeling you can have at the exact moment where you walk at this kind of places, the rain, the warm colors of the rising sun, the gray of Paris, nostalgia, Japan (hey, he have a Super NES and loves Envy!)... and that's exactly what they say through Yeti.

With Amidst, we're dealing with a very complex music, difficult to grasp. A mix between a folk full of humanity and sensitivity, and electronic influences, almost industrial, much colder and heavy. Once, A guy told me that the singing of Vincent (and its projects in themselves) was close to Keeley Davis, frontman of Engine Down. Well yes, that's about it: imagine a side project of Keeley mainly influenced by the urban thing, while retaining the fragility and delicacy of his voice, and you get this album that let me doubtful at first listen, different in many ways from previous projects of the parisian dude, but it finally sparked my attention... And it's so interesting to listen to, if not downright exploring, that I had to talk about this record in every detail...

These troubled soundscapes appear opaque at first listen, it's difficult to find consistency between the warmth of folk guitars and voices, and the coldness of machines. But the more we advance in the record, the more his soul is revealed, and the whole blends perfectly. We have to see the influences of Wovenhand and Swans I guess, in these sharp sound experiments, arid but touching, constantly expanding, playing with the nerves of the listener. This record opens with "Phos," essentially a drone track, a hypnotic sound movement, dark, saturated, which evokes the gray, boredom, obscure but with something melodic that resonates on the background, as the illustration of a hot colour that has turned pale, like a spark in a kind of suffocation. This is actually an introduction to "Buildings", where we're immediately transported, dazzled by the extreme sensitivity of the Vincent's voice, in the guitar playing, both fed with profound melancholy. A comforting softness, that resonates like a nursery rhyme, where nevertheless a thunderstorm rumbles: you know her well, this heaviness characteristic of a summer thunder, this hot moisture smell? It's these elements that we find in this heaviness that retranscribes these saturated drones that transcend these sweet melodies, all repeating themselves on and on, while the track flows. Totally addictive.

The record continues with "Amy", mainly based on electronic sounds, which is more a demonstration of the rift between the industrial and routine, and the lightness and carelessness. Mechanical and cold beats, a robotic sample, between glockenspiel notes and guitar loops. Two totally different worlds, which merge and imposes themselves to each other. A captivating duality and always mesmerizing. This song can perfectly be in the OST of a psychological anime, in an episode of Death Note...

Striking contrasts can also be found in "The Path", but in a different register: it begins with a more quiet instrumentation, and suddenly much heavier and saturated guitars that becomes slowly a new rough drone, a loud buzz, as the distant storm, accompanied by a slight electro loop. But the music of Yeti can also be completely bare, devoid of any artifices, evidenced by "Fall Is At Dawn", a song in the original lo-fi spirit of the dudes, or "Monowl", a simple guitar/voice duo which beautifully concludes the album. And because it wasn't enough, the student of Wovenhand have made a cover of "Singing Grass" as a hidden track, always with this shivering momentum of delicacy.

I deliberately choose not to tell you more about this record because it's really worth to be discovered and explored by yourself. It's an album full of mystery, of singularity, complexity and fragility, making the routine way more beautiful, which cleverly illustrates a broad panel of emotions, influences, ideas. A priori, the next album of Yeti should clearly be in the style of "The Path". So Amidst will be a very unique record, the light of a specific time, a little gem that only some lost souls will find, somewhere on the internet, or obscure distros, or at Yeti gigs.

You can also listen to Amidst on Deezer, and don't hesitate a second to buy the CD with its mysterious and beautiful artwork and booklet.




THROW ME OFF THE BRIDGE - April Showers

After releasing a sublime LP, Blindforded Traveler, the multi-instrumentalist guy from Laval, Quentin Sauvé, officiating in the golden triangle of Laval hardcore game (Birds In Row, As We Draw, Calvaiire), returns throught his side-project Throw Me Off The Bridge (which is now a full band, if I'm not mistaken) with a new EP, April Showers, where he changed a bit the recipe of the project, maintaining the balance between indie folk and cathartic intensity of post-hardcore, but leaving a little more room to electricity, I'm thinking of these thick and buzzing keyboards, the harsh and rough side of electric guitars without too much blackening the atmosphere of the record: we always find much purity, despite the general momentum rather melancholic, which reflected the lyrical tone always personal and anxious. "The roof is crushing my bones. Stones, breaking windows. Will the sun enter my home? Or will I just leave it all? Can I just live after all?"

But Quentin also knows how to give some courage since the album, and fortunately it hasn't changed. Thus, "Weak Spot" gives us self-esteem, encourages us to believe in ourselves, in the same instrumental contrast between mist and sun.  "There ain't no wrong decision, there ain't no right answer. Stick to your own opinion and wait a little bit longer. Ask yourself the right question, at least give it a try. We're like every normal person, frustrated, unsatisfied."

Again, Quentin offers us a strong record, more rough, but never oppressive. I really can't wait to see it on stage once again, because his music is even more beautiful and intense live. Thank you man!


mercredi 13 juillet 2016

Suis La Lune et Shirokuma remportent la saison 2016 du screamo.



Je fais souvent des éloges des scènes hardcore et metal suédoise (et même un peu de la scène shoegaze locale), j'y trouve sans cesse mon compte, des groupes étonnants d'inventivité, de puissance, de singularité. Des noms tels que Cult Of Luna, Refused et Masshysteri mettront tout le monde d'accord. Et après avoir découvert ce disque, je peux encore plus affirmer que ce dévouement n'est pas près de s'arrêter. Mesdames et messieurs, voici le nouveau disque-clé de la swedish skramz mafia, le message suprême de l'humanité, l'acte final du niveau actuel de la vie et le pont vers le niveau suivant : Le 12" split entre Suis La Lune et Shirokuma.

Comment décrire objectivement ce disque, tant attendu par les emokids de ce monde, dont les 100 exemplaires du pressage "cream / blue and cherry splatter" se sont écoulés en moins d'un jour et dont l'un d'entre eux finira dans quelques jours dans ma boîte aux lettres ? D'un côté, on a le tout meilleur de ce qu'a produit Shirokuma jusque là, un jusqu'au-boutisme époustouflant et éblouissant. De l'autre, on a l'une des références cultes du screamo de ces 10 dernières années, Suis La Lune, qui délivre une musique toujours aussi désabusée, enneigée, cristalline, et la tête toujours baissée sur son pedalboard, qui se permet en plus, sans pression aucune, de caler une pièce épique de 8 minutes, "In Between Heartbeats", au milieu de cet ensemble déjà grandiose. Ce disque est un feu d'artifice d'émotions, de riffs et de cris débordant de beauté, de fragilité, précieux, tout simplement fabuleux. Le tout soutenu par une section rythmique qui, pour chaque groupe, est soumise à rude épreuve, mais qui tient le coup quoi qu'il en soit. Au final, on en ressort les yeux vitreux, l'âme mise à rude épreuve par tant d'émotions, et les oreilles malgré tout émerveillées. Ça fait beaucoup de compliments certes, mais sincèrement, je n'ai rien trouvé de reprochable à ce split...




"I'm waiting for something to lean on, or something to take me away. I'm waiting ten years away, will it still be the same? Endless rain come wash away the pain of ordinary days, breathe in the sweet dreams." - Endless Rain


Pour toute personne sensible au screamo actuel qui se respecte, il est impossible de rester indifférent à ces 9 titres euphorisants. En soi, c'est vrai, Suis La Lune y tourne finalement un peu en rond, usant de leur recette bien connue pour nous emballer d'emblée. Mais les suédois trouvent toujours LA mélodie, LES gang vocals, LE riff qui à chaque fois touche en plein cœur et fait la petite différence. Quand à Shirokuma, c'est tout simplement un coup de maître qu'ils ont réalisé, arpentant des sentiers légèrement plus sombres comme en témoigne "Lost Contact", consolidant leur style de composition, affirmant l'aspect aussi clair que rugueux des riffs, et Jonathan plus passionné que jamais au chant. En bref, procurez-vous d'urgence ce split, vous saurez la vérité sur ce monde, vous vivrez 15 vies, vous aurez accès aux memes les plus rares de notre monde, wow !




"Just a feeling that something is off tonight, I can't seem to figure it out, say 'everything's fine', then shut your eyes as hard as you can. I try so hard to open up to you. Why are words so hard to pronounce tonight?" - In Between Heartbeats

Bisous.




YOU CAN READ THE ENGLISH TRANSLATION BY CLICKING ON "Plus d'infos" ! :)

dimanche 3 juillet 2016

MUSIC OVERLOAD / EMOTIONS OVERFLOW #1



Et voilà, je me suis encore laissé déborder par le rythme des sorties trop cools du moment. Il y en a eu plein d'un coup, le rythme est hyper dur à suivre ! Et puis, je me suis laissé allé. J'ai laissé filer tout ça sans en dire un seul mot sur ce blog, honte à moi. Ça va du duo skramz intimiste au post-hardcore abrasif nourri au neo-crust façon vitriol balancé en pleine tronche, en passant par de la douceur emo french way. Messieurs dames, voici quelques albums et EP sorti ces dernières semaines, à ne surtout pas louper ! Parmi beaucoup, beaucoup d'autres... Ceci n'est qu'une "petite" sélection !

Yup, I've been submerged by the quantity of super cool releases that went out on very few time, it was super hard to follow! And then I let myself procrastinate, without saying a word about these bands this blog, shame on me. It runs from intimate skramz duo, to abrasive post-hardcore fed with violent neo-crust that hits straight in your face, through emo french way full of sweetness. Ladies and gentlemen, here are some albums and EP released in recent weeks, especially not to miss! Among many, many others... This is only a "small" selection!

ALGAE BLOOM - I am everyone I've ever met

Ça me touchera toujours en plein cœur quoi qu'il advienne, ce genre de sons. Algae Bloom propose avec son nouvel album un screamo plein de riffs enjoués, un peu minimaliste dans la prod et dans le line-up en lui-même puisqu'il s'agit d'un duo, mais grand par la quantité d'émotions, de sincérité et de mélodies mémorables qui se dégagent de ce nouvel album, faisant suite à un I'm still scared of living tout aussi beau. Et cela paraît tout à fait logique lorsque l'on se penche sur les textes des morceaux, très influencés par le vécu de Matt et Leigh, leurs erreurs, des textes qui selon eux leur servent aujourd'hui de catalyseur du doute de soi plus que d'un catharsis, le self-doubt étant un mal-être particulièrement présent dans nos sociétés actuelles, que le duo exorcise au travers de ses morceaux puissants et touchants. Hey, ça aurait presque pu être suédois...

This kind of sound will always hits me in the heart, whatever happens. With his new LP, Algae Bloom a screamo full of playful riffs, somewhat minimalist in the production and the line-up itself since it's a duet, but with big amount of emotions, sincerity and memorable melodies that emerge from this album, which follows I'm still scared of living as beautiful, a release that was also super beautiful. And all these elements seems quite logical when we read the lyrics of the songs, very influenced by the life experiences of Matt and Leigh, their mistakes, lyrics which are here for catalysing their self-doubt rather than a catharsis. Self-doubt is a malaise particularly present in our societies, the duo exorcise it through its powerful and poignant pieces. Hey, it could almost be a Swedish skramz band...


"Post a letter to myself, leave it on the mat.  Write again... Let my words pile up by the door. Never leave the house." - We Met Upon A Level





PARENTHESIS - Quiet Desperation

Eux aussi auraient pu être suédois. Voici Parenthesis, quintet originaire de Singapour, une terre ou l'emo semble de plus en plus se développer. Sur leur EP Quiet Desperation, il est aussi question de screamo aussi éthéré que mélodieux, avec un riffing rappelant ouvertement celui de Suis La Lune. Mais il y a quelques éléments sonores plus personnels, un cri plus violent, qui permet à ce petit groupe prometteur de se différencier un peu, notamment grâce à ce sample de Neon Genesis Evangelion sur "If She Is Not The Word Of God, God Never Spoke"... Bon, le frontman de Suis La Lune est également un fan de culture japonaise, mais il n'est pas allé jusqu'à sampler un anime, un point pour les asiatiques. Bien joué messieurs, jolie démo et vivement la suite !

They could have been Swedish too. Here's Parenthesis, a quintet from Singapore, a country where an emo scene seems to increasingly develop. On their EP Quiet Desperation, it's also about screamo as ethereal as melodious, with a riffing that openly remind Suis La Lune. But there are some more personal sound elements, a violent scream, allowing to this small band full of promises to differentiate themselves a bit, thanks to this sample of Neon Genesis Evangelion on "If She Is Not The Word Of God, God Never Spoke "... Well, the frontman of Suis La Lune is also a fan of Japanese culture, but he never put a sample of an anime in his band, one point for Asian dudes. Well done boys, I can't wait for the next release!


"I wondered if the repentance I seek will help me find sleep. I would give everything to feel nothing again." - Bear Mountain



DROUGHTS - All Together

Ça, c'est l'album que je découvre précisément en écrivant cette partie de l'article. Droughts nous vient de Chicago, et All Together est en fait une compilation de toutes leurs releases à ce jour : l'EP Unmoved, ainsi que les morceaux du split avec William Bonney, et du 4-way split avec Frameworks, Kittyhawk et Prawn. Je me suis rappelé à quel point ce groupe défonce. C'est entre post-hardcore et post-punk, ça vous plaira si vous aimez des groupes tels que Native ou Touché Amoré, et petit bonus, vous y trouverez 3 inédits issus du prochain album de la bande, qui s'appellera Stay Behind. Je suis déjà impatient d'écouter les autres morceaux, et cette compile saura faire attendre tranquillement, ces morceaux étant déjà impressionnants sous plusieurs faits : la tension, le groove, la singularité, l'intensité, et le petit côté moody qui s'en dégage. À ne surtout pas manquer, et à apprécier à haut volume. J'ai même l'impression d'entendre du Amanda Woodward sur "Body Full Of Glass", l'un des morceaux du split avec William Bonney... Si ça c'est pas un gage de qualité.

That's an album I discovered precisely while I write this part of the article. Droughts comes from Chicago, and All Together is actually a compilation of all their releases to date: the EP Unmoved, as well as songs from the split with William Bonney, and the 4-way split with Frameworks, Kittyhawk and Prawn. I just remembered how this band is dope. It's somewhere between post-hardcore and post-punk, and you'll like it if you dig bands such as Native or Touché Amoré. And little bonus, you'll find 3 new songs from the upcoming album of the band, Stay Behind. I'm already looking forward to listen to the other songs, and this compilation will made the wait less hard, the 3 songs being already impressive for several facts: for the tension, groove, uniqueness, intensity, and that little moody side which emerges to the whole. Really not to be missed, and you have to listen it to high volume. I even seem to hear some Amanda Woodward influences on "Body Full Of Glass", one of the songs of the split with William Bonney... If that's not a seal of quality, I don't know what to do for you.





MONT-DORE - Fractures

Ces messieurs m'ont mis une grosse claque lors de leur prestation au Miss The Stars Fest cette année, où ils se sont donnés corps et âme pour interpréter leur musique le plus profondément possible. Mont-Doré nous vient de Belgique, et nous offre avec ce premier album une suite encore plus ambitieuse, chaotique et destructrice que l'EP Escalades. Il est impossible de s'accrocher à quelconque repère sur ce nouveau disque, on est constamment poussé en avant sur des chemins cassants et rugueux, des avalanches neo-crust, et des cassures rythmiques qui évoquent le post-hardcore noise-rockesque des 90's. Que vous soyez fan de Rainmaker, de Botch ou de Fall Of Efrafa (3 noms qui me sont venus à l'esprit en écoutant ce disque, en étant attentif à la voix, la déclamation des lyrics, et l'univers musical en général), vous trouverez votre compte sur leur impressionnant nouvel album, qui se vit plus qu'il ne s'écoute. Pas facile d'accès, mais plus on l'écoute, plus la patate a d'impact, plus on se ressert en purée.

These gentlemen put me a gigantic slap at their performance at Miss The Stars Fest this year, where they are given body and soul to interpret their music as deeply as possible. Mont-Doré comes from Belgium, and provides us with this first album a sequel even more ambitious, chaotic and destructive than the EP Escalades. It's impossible to cling on any landmark on this new record, one is constantly pushed forward on brittle and rough roads, on neo-crust avalanches, and rhythmic breaks that evoke the noise-rockesque post-hardcore of the 90's. Whether you are a fan of Rainmaker, Botch or Fall Of Efrafa (3 names that came to my mind while listening to this record, being attentive to the voice, the declamation of the lyrics and the music universe in general), you will find your happiness with this impressive new album. Not easy to access, but the more we listen to it, stronger is the impact.

"This is something we share, the kindness we bid for. The hands are holding tight, so tight we want this exist forever. So let's get our muddy hands washed in the same clear water and splatter our faces with leftovers of those moments we survived." - Let's Not Slam Doors Anymore




MONTE IDA - Corinth

LA FIERTÉ LOCALE, MESSIEURS DAMES. J'en avais déjà fait l'éloge lors de la sortie de leur EP Devotion, voici l'occasion d'en faire encore plus à propos de Monte Ida, trio rennais officiant dans un screamo arrache-cœur, aux mélodies salvatrices, aux paroles à hurler à l'unisson. Ils arrivent à faire encore plus forts que la précédente release sur le fantastique EP Corinth, et je suis totalement sous le charme. Il me tarde de les découvrir en live et d'hurler quelques lyrics avec eux et de me vider de quelques démons grâce à leur skramz thérapeutique. Ça me rappelle ce que Loma Prieta faisait jusqu'à Dark Mountain, avant que ça ne devienne trop noisy, ou alors Raein, l'ère All The Footprints d'Envy... Ces 4 nouveaux morceaux sont à écouter de toute urgence, et de plus, encore une fois, on a le droit à un magnifique artwork. Un grand bravo messieurs, et merci !

THIS. IS. AWESOME. I already said a lot of good things for their EP Devotion, here is the opportunity to make the same thing about Monte Ida, a trio from Rennes that plays a completely heartbreaking and stunning screamo, with epic melodies, lyrics yelled in unison. They manage to make their sound even stronger than the previous release, in this fantastic new EP named Corinth, and oh my god, I'm totally in love. It reminds me some Loma Prieta stuff until Dark Mountain, before it gets too noisy, and also the All The Footprints-era of Envy, Raein... I long to discover them live and scream some lyrics with them and clear my few demons with their therapeutic skramz. You have to listen to these 4 new songs, NOW. And also, it's again a magnificent artwork. Well done gentlemen, and thank you!

"My skin is a breakable shape, my soul is a concrete bound, my memories are flying pieces of death, maybe hasty judgments make me blind, but what can I do when I see that interest is only found in a torn vision where time disappears?" - Lete





SOLANAS - What's Left To Leave Behind

Avant eux, quelques groupes se sont essayés au screamo avec des sonorités 80's influencés post-punk voire cold-wave, je pense à Tidemouth ou Xerxes. Solanas fait ça avec tout autant de cohérence et d'originalité depuis l'an dernier avec l'album The Distance Within Our Bodies, dans une indifférence assez malheureuse, et remet le couvert avec le nouvel EP What's Left To Leave Behind. Plus direct que l'album, cet EP semble également bénéficier d'une meilleure production. Le côté mystérieux et distant de l'ambiance cold wave des riffs est toujours omniprésent et apporte une grosse singularité à l'ensemble, mettant paradoxalement en relief les complaintes de Ollie (chant), qui nous hurlent ses peines et ses peurs avec toujours autant de passion, sur une thématique toujours quelque peu axée sur le corps humain. Un groupe décidément fort intéressant, qu'il conviendra d'écouter dans le brouillard avec plein d'arbres nus autour de soi, et qui vous touchera forcément si vous vous sentez mal dans votre peau.

Before them, some groups have tried to make screamo with sounds influenced 80's post-punk and even cold-wave, I think about bands like Tidemouth or Xerxes. Solanas did it with same consistency and originality since last year with the album The Distance Within Our Bodies, in a rather unfortunate indifference, and they're back with a new EP, What's Left To Leave Behind. More direct than the album, this EP also seems to benefit from a better production. The mysterious and distant side of the cold-wave atmosphere of the riffs are always omnipresent and brings a big singularity to the whole, paradoxically highlighting the complaints of Ollie (vocals), which screams our sorrows and fears always with great passion, still somewhat focused on the theme of human body. Definitely a very interesting band, which should be heard in the fog with lots of bare trees around you, and that will inevitably affect you if you feel bad about yourself.

"I'm incomplete: I'll never feel better, I'll never let go. Blue notes turn in my mind, Thoughts move in fives, keep me inside. Blue notes turn in my mind, a cold refrain that never dies." - Bleakest Jazz


I LOVE YOUR LIFESTYLE - We Go Way Back

Ce sera l'un des disques ultimes de l'été. Et pourtant, les auteurs de We Go Way Back nous viennent de Göteborg, Suède, ce qui en soi est déjà un élément déterminant dans la qualité d'un groupe d'emo. Plus objectivement, I Love Your Lifestyle, c'est la fusion idéale de tout ce qui se fait de mieux dans le crossover math-rock/emo depuis ces dix dernières années. Et en plus, c'est tout sauf niais : les paroles dénoncent la main-mise des réseaux sociaux sur nos cerveaux et nos agissements ("Nice Jacket. Not"), le misogynisme ("Common Sense"), racontent l'anxiété du temps ("Summer 03"), ou bien la routine... Sur le bien-nommé "Routine". Le tout raconté, chanté, hurlé, sur un ton jovial et entraînant, sur un torrent de mélodies cristallines, saccadées, sucrées, ensoleillées. Un véritable arlequin. Il est fort à parier que ce guitar-driven record ne vous laissera pas indifférent lorsque vous aurez besoin de réconfort. Une machine à sing-along à l'efficacité presque parfaite, qui met du baume au cœur, tant le groupe cherche à comprendre et expliquer les malaises les plus profonds de la génération dont font partie les musiciens, en les narrant de la manière la plus fun, enjouée et consolante possible. Un album revigorant, aussi profondément adolescent qu'il est paradoxalement adulte, qui risque d'ailleurs de fonctionner au-delà de l'été 2016, en tout cas pour moi. J'en suis démesurément fan, et j'espère pouvoir mettre la main dessus le plus rapidement possible. Ce sera forcément dans mes tops de fin d'année, et dans les tiens aussi.

This will be one of the top-notch records of the summer. Yet the authors of We Go Way Back come to us from Gothenburg, Sweden, which in itself is already a decisive factor in the quality of an emo band. More objectively, I Love Your Lifestyle is the perfect fusion of all the best things that we have heard in the math-rock / emo crossover since the last decade. And to add more greatness, it's fueled by personal confessions, but also by intelligent and important lyrics : they denounce the stranglehold of social networks on our brains and behavior ("Nice Jacket. Not"), the misogynism ("Common Sense"), they confess their anxiety of time ( "Summer 03"), or routine... In the well-named "Routine". All told, sung, shouted, in a jovial tone and driving by a torrent of crystalline melodies, jerky, sweet, sunny. A true melting-pot! I'm pretty sure that this guitar-driven record will not leave you indifferent when you'll need reassurance. A sing-along machine, which warm the heart and soul, since the band seeks to understand and explain the deeper malaise of our generation whose musicians are part of, narrating them in the most funny, playful and comforting way possible. An invigorating album, as deeply teen as it's paradoxically adult, that I'll surely listen way beyond the summer of 2016. I am inordinately fan, and this will inevitably be in my year-end tops, and in yours too. I'll see them 2 times in France between August and September with awesome line-ups, I'm so excited!!

"Domination techniques and misogyny, douches constantly mansplaining. It's so sad it's funny how (paradoxical) some antiracist men patronize women. Elitist macho jerks, counter productive work. We could definitely need more allies than more slops that 'simply don't care'. You've got to close your eyes to not see it. It's time to start wanting to be aware !" - Common Sense



COLORED MOTH - Fragmenting Tensions

Au moment où je commence sérieusement à m'intéresser à la scène noise-rock/post-hardcore 90's, voilà que je reçois un mail de Christopher, guitariste/chanteur de Colored Moth, plein d'enthousiasme à l'idée de me faire découvrir son groupe. Il a eu raison : MEGA DOSE DE TENSION EXTRÊME ! Concrètement, ça sonne comme un mélange de tout ce qui s'est fait et se fait de cool de cette scène : l'intensité d'un Hot Snakes, le chaos sensible de Drive Like Jehu, les basses écrasantes de Shellac, les mélodies rugueuses de The Jesus Lizard, les expérimentations de Fugazi... Le tout avec l'urgence, l'inventivité et la spontanéité de chaque groupe réunis en une fusion d'intensité qui donne un truc techniquement proche du magma. On est ainsi relativement proches du screamo dans les vociférations et les montées d'adrénalines saccadées. On a même le droit à des featurings de qualité avec Leonie (Svffer) sur "LZRDSNC", et Nixe et Simon (Nervöus) sur "Second Sight - Craving Of The Id". En clair, cet extrait de la bio résume relativement bien le contenu du disque: "We like the experiment. We like explosions. We love what we do."

Just when I started to get seriously interested by the noise-rock / post-hardcore scene from the 90's, I get an email from Christopher, guitarist / singer of Colored Moth, full of enthusiasm to the the idea of ​​making me discover his band. He was right: EXTREME TENSION OVERLOAD!, it basically sounds like a mix of everything that is done and cool in this scene: the intensity of Hot Snakes, the sensitive chaos of Drive Like Jehu, the crushing bass riffs of Shellac, rough melodies of The Jesus Lizard, the experimentations of Fugazi... all with urgency, creativity and spontaneity of each band together in a fusion to create an intensity that gives a thing close to magma. Thus, it's relatively close to screamo in the shouts and jerky surges of adrenaline. We even have the right to quality featurings with Leonie (Svffer) in "LZRDSNC" and Nixe and Simon (Nervöus) on "Second Sight - Craving Of The Id". This extract of their small bandcamp bio summarizes quite well the content of the disc: "We like the experiment. We like explosions. We love what we do.". And hey, thank you so much for the vinyl, dudes.

"Acceptance is no satisfaction. It’s (more like) conception. That’s why it’s always hard to try. I will run as fast as I can, beyond behind (the) way down to it. Then tell me if it’s worth." - Fragmenting Tensions



GRAND TERMINAL - Trompe-l'œil

Daïtro est mort, vive Grand Terminal ! Bon, c'est un peu hâtif de dire ça, mais je ne peux nier que Trompe-l'œil m'a beaucoup rappelé ce que les lyonnais faisaient sur Y, et également sur leur formidable side-project Bâton Rouge. Pour être franc, je m'attendais à être davantage emballé par ce LP aux premières écoutes. Il semblait manquer d'un petit quelque chose pour que ça décolle vraiment musicalement, La chaleur de la démo, le côté cru de la prod et la générosité des riffs qui la caractérisait, laissant place à quelque chose de plus tranchant, mais qui quelquefois semblait un peu tomber à plat... Mais j'ai été mauvaise langue : plus l'on ré-écoute ce disque, plus l'on prête attention aux riffs, plus l'on retrouve finalement l'atmosphère chaleureuse du premier disque, l'entrain général qui faisait se sentir si bien à l'écoute de ces morceaux. C'est clairement un grower, comme disent les américains : en fait, il semble tout simplement que Grand Terminal a simplifié sa musique, tout en faisant attention à ce qu'elle reste catchy. Un petit punk-rock tout mellow et ensoleillé qu'il est super cool de savourer en marchant dans la rue, pour assurer un peu ta démarche. Les petits gars font de toute façon pencher la balance vers le bon côté grâce à des paroles au top, qui invitent toujours au voyage, à l'introspection, à aller de l'avant et à se reprendre en main, le tout racontés avec insistance et passion. À écouter lorsque qu'on a besoin de courage, de se vider la tête, et que la vague emo lyonnaise vous manque.

Daïtro is dead, long live Grand Terminal! Well, it's a bit easy to say this, but I can't deny that Trompe-l'oeil reminded me a lot the music of the famous french screamo band, and their great side project Bâton Rouge. To be honest, I expected to be more excited about this LP at the first listening, it seemed to lack a little something, surely the warm atmosphere of the demo, the raw side of the prod and generosity of riffs that characterized her, giving way to something more cutting edge, but sometimes seemed a little to fall flat... but I was wrong : the more you replay this record, the more you pay attention to the riffs, the more we finally found this warmth that I missed, the general enthusiasm that made us feel so good while listening to these songs. This is clearly a grower, as americans say: in fact, it just seems that Grand Terminal has simplified his music, while making sure that it remains catchy. A mellow and sunny emo punk that it's cool to enjoy while running, or just chilling in the streets. The little guys do anyway tip the balance toward the right side with their top lyrics, which are always an invitation to travel, to introspection, to move forward and regain control to self, all told with insistence and passion. At record o listen when we need courage, to empty your head, and that the Lyon emo scene miss you.

too many good lyrics but because I have to quote only one extract...

..."La tête baissée on traîne notre peine sous des airs familiers. Des cache-misères qui nous aident à avancer. Tous les matins c'est le même refrain. On se croise sans un regard, chacun perdu dans ses rêves, chacun enveloppé dans sa bulle à chercher un sens à tout ça. Une routine assommante réglée comme du papier à musique. On file remplir nos poches trouées et chaque jour un peu plus on grave dans le sol l'empreinte de nos pas pressés. Sauf qu'ici nos boulevards n'ont pas d'étoiles. Sous les pavés la crasse." - L'empreinte de nos pas




DREI AFFEN - S/T

L'Espagne est aussi douée que les voisins pour le screamo, et Drei Affen en est une preuve absolue avec leur premier disque éponyme, qui en toute objectivité: DÉFONCE. Des riffs aussi massifs et tranchants que tes groupes d'emoviolence préférés, mais un fil conducteur toujours axé sur le mélodique et le dramatique, sans jamais relâcher la pression, le tout servi par une production carrée laissant au mieux s'exprimer la densité musicale et émotionnelle de l'ensemble. Je suis absolument fan de "Mieda", au texte simple mais universel et qui doit être parfait à hurler lors d'un live, avec toutes nos peines et nos frustrations évacuées dans un même élan de catharsis, autant que le font déjà les musicien.ne.s sur ce disque. Un premier disque surprenant, poignant et éprouvant. Avec une telle démonstration de force pour un premier essai, il me tarde fortement de découvrir ce que le groupe nous réserve pour l'avenir !

Spain is also talented that the neighbors for making screamo, and Drei Affen is an absolute proof with their first self-titled album, which objectively FUCKING RULES. As much massive and sharp riffs as in your favorite emoviolence groups, but a common thread always focused on the melodic and dramatic without ever releasing the pressure, all served by a clear production leaving fully express the musical density and emotional of the whole. I am absolutely fan of "Mieda" and his simple but universal lyrics that must be perfect to yell at a show, with all our sorrows and frustrations evacuated in the same common spirit of catharsis, something that the musicians already make on this LP. A surprising, poignant and challenging first record. After hearing such a show of force for a first try, I'm really impatient to find out what the group prepares for the future!

"Voy a estallar en mil revueltas, porque no hay barrera, muro ni cerrojo que puedan frenar este campo de minas germinando! Viviendo bajo los escombros (que son cárceles) de ciudades que se confunden con cárceles!" - El Yugo



LOST BOYS - S/T

C'est tout frais, c'est très confidentiel, et cela risque d'être l'un des meilleurs disques des hardcore newcomers allemands de l'année. À la manière de Drei Affen, les allemands de Lost Boys nous balancent un skramz puissant et expéditif, mais en y ajoutant un côté plus "sale", notamment avec les larsens qui agitent de temps à autres les morceaux. Et ici, la production est nettement plus raw, venant accentuer le côté cru et virulent de l'atmosphère des morceaux de cet album. Tout est chanté dans la langue natale des musiciens, et ce disque éponyme est ma foi assez original pour une première release. Amateurs de skramz pointu et ravageur pour l'esprit et les tympans, ceci est pour vous !

It's fresh, it's very confidential, and this may be one of the best records of German hardcore newcomers of the year. In the way of Drei Affen, Lost Boys sway us a powerful and expeditious skramz, but adding a more "dirty" side, especially with the Feedback that agitates the songs from time to time. And here, the production is much more raw, accentuating the virulent and sharp side of the atmospheric of the album. Everything is sung in the native language of musicians, and this self-titled album is quite original for a first release. If you dig devastating music for the mind and eardrums, this is for you!



MASADA - S/T

Toujours L'Allemagne, mais catégorie "mandale du terroir" : Masada nous fait plaisir avec son premier LP très attendu, en mélangeant un late 90's screamo à des influences plus hardcore bagarre, dans une tradition typiquement germanique, tout en conservant quelques lignes de chant clair et tremblant qu'on retrouvait sur l'excellente démo. Ajoutez à ceci un curieux interlude minimaliste entre 8-bit et shoegaze, et vous obtenez là aussi un disque singulier. Pas super facile d'accès avec ce premier morceau très offensif et écrasant, mais il se dévoile avec beaucoup plus d'aisance et montre plus de sensibilité sur les titres suivants.

Once again a german band, but in the "local slap" category : Masada pleased us with his highly anticipated firts LP, by mixing a late 90's screamo with straight-in-the-face and raw hardcore influences, in a typical German tradition, while retaining some clear and trembling vocals that we could already hear on the excellent demo. Add to this a curious minimalist interlude between 8-bit and shoegaze, and you get a singular and great record. Not super easy to access with the first very offensive and overwhelming tracks, but revealed much more ease and more sensibility on the following titles.



Bisous.

lundi 13 juin 2016

Contre vents, marées et lovés, Chaviré garde le cap.


C'est impossible de trouver une bonne photo du groupe sur Internet, ne serait-ce qu'une photo d'un live, mais ce genre de groupe s'apprécie plus volontiers en scandant les paroles avec lui qu'en le prenant en photo pour alimenter son compte Instagram. Sur le front depuis 2015, avec déjà un concert à l'open stage du Fluff Fest à leur actif, les jeunes révoltés de Chaviré secouent le punk français en se nourrissant de screamo, pour lui redonner les lettres de noblesse qu'il a perdu sur notre scène après la disparition de groupes comme Aghast, Belle Epoque, Hyacinth ou encore Amanda Woodward. Et ça tombe bien, les combats sont de plus en plus nombreux à mener pour ces messieurs de la dite génération Y, qui subit de plein fouet la main-mise et la censure de plus en plus forte de notre gouvernement actuel sur nos contestations et nos revendications, quand il n'est pas question de déni total de démocratie. Allô, la tyrannie ? Ouais, à ce qu'il paraît tu fais des tiennes ? Coquine va, bon j'te laisse j'suis en interview, fais gaffe à toi, les grévistes lâchent rien, bisous ma puce, tchao !"

Parce que je suis de plus en plus attaché et concerné par les valeurs et les idées que défendent les nouveaux pirates du skramz, j'ai choisi de leur poser quelques questions pour découvrir un peu plus qui ils sont en tant que citoyens, pourquoi font-ils du punk, et le sens qu'ils accordent à leur combat.

- Ça fait maintenant un an que le groupe existe, et pendant ce laps de temps, le monde ne s'est évidemment pas du tout arrangé. Ce chaos, ça donne encore plus de sens à l'idée de faire du screamo de votre trempe en 2016. Y'a des sujets en particulier qui vous débectent plus qu'autre chose aujourd'hui ?

On a commencé à jouer ensemble il y a deux ans et on joue depuis un an et demi maintenant, on a passé un bon moment dans une salle de répète à essayer d'articuler le fait de jouer du punk hardcore avec la façon dont nous avions envie de le faire et d'une manière qu'on avait jusque là pas eu l'occasion d'expérimenter. On a un peu traîné à répondre à cette interview mais on aura gagné entre temps le bénéfice de l'actualité, ce que l'on voit se jouer dans les rues des différentes villes de France ces derniers mois - que ce soit Paris, Nantes, Rennes... - ce n'est pas une mobilisation contre la réforme du code du travail (tout le monde sait qu'il n'y a rien à sauver là-dedans) mais bien le ras-le-bol d'un monde qui décline... A peu de choses près, nous parlons des mêmes choses avec Chaviré.

- J'ai l'impression que de nos jours, nos luttes sont vaines. Trop peu de gens osent réellement se lever : ils sont freinés par la peur, ou bien pris de lâcheté ou de flemme, un peu de tout ça. Les gens se complaisent dans l'état d'urgence, ça ne les gênent plus de vivre dans des régimes liberticides. Et quand des gamin.e.s, des ouvrier.e.s, essaient de semer le trouble pour matérialiser leur colère, on les range dans la catégorie "délinquant.e.s". On laisse passer des lois votées tard la nuit par une minorité de personnes sans que personne ne s'inquiète du statut de la démocratie. Quand je vois se dérouler des manifestations , ça me fait plus penser à des fêtes de quartier bien orchestrées par les autorités, ça n'aboutit à plus grand chose. C'est quoi votre point de vue par rapport à ça ? On peut encore rêver du grand soir à notre époque ?

Nous partageons ces constats sur la difficulté à faire sauter la chape de plomb qui nous étouffe et renverser la vapeur, la défaite dans les luttes politiques nous encercle un peu de partout et c'est dur de produire des choses collectivement quand on ne se souvient même plus du goût de la victoire... Nous sommes de ceux qui pensent qu'il faut essayer de conjuguer comme nous le pouvons et avec les moyens dont nous disposons des formes de luttes collectives (pas juste d'aller défiler lors de la parade de la militance, on est bien d'accord) et des moments qui font qu'on réussit à sortir nos vies du merdique qui les entoure, trouver des zones de confort individuelles et collectives pour y voir un peu plus clair que dans la noirceur générale. Selon nous ça passe autant par le fait de commencer à organiser des concerts, que d'ouvrir un squat avec des ami.e.s, que d'aller kicker une banque pendant une mobilisation contre un projet de loi merdique, les portes d'entrées sont multiples et les possibilités sans fin, là encore les dernières semaines en sont une preuve irréfutable.

- On en a parlé déjà auparavant, mais j'aimerais bien revenir dessus car c'est de mon point de vue important à rappeler. Les textes de la démo paraissent à première vue relativement simples et explicites, mais leur sens va souvent à l'inverse. Ça causait un tel mindfuck dans votre auditoire que vous avez décidé de distribuer vos paroles dans de petits dépliants gratuits pendant vos lives, pour clarifier un peu le message de chaque chanson. Du coup, ça suscite un regain d'intérêt pour ces paroles. Vous les aviez anticipées ces interprétations diverses qui allaient être tirées des textes ?

A vrai dire, on distribue les paroles depuis le début du groupe, c'était un truc qui faisait sens pour nous, histoire d'y voir un peu plus clair dans les quelques bribes hurlées qu'on peut saisir lors d'un concert. C'était aussi l'occasion de rappeler que pour nous, les mots ont un sens et qu'ils ne sont pas là de manière purement décorative, pour "faire joli". Nous n'avons rien anticipé en commençant les concerts, mais on s'attendait à ce que les paroles fassent sens différemment d'une personne à l'autre. Les textes sont juste là pour éclaircir la façon que l'on a de les voir, libre à chacun.e d'en faire ce qu'il ou elle en veut, d'y mettre un autre sens, c'est aussi ça qui est cool avec les mots. Quant aux explications qui vont avec les textes, c'est pour nous l'occasion de lutter contre l'idée que de parler de politique reviendrait à prêcher des converti.e.s, c'est l'occasion de se redire qu'on n'est pas tou.te.s d'accord, que le punk n'est pas une opinion politique uniforme et que c'est avec nos divergences qu'on doit essayer de composer.

- Votre premier LP est sorti chez Stonehenge Records, soit l'un des labels qui a importé la scène emo hardcore en France. Ça s'est passé comment, c'était du démarchage ou bien Christophe vous a repéré ?

Sortir un disque tient parfois à peu de choses, quelques ami.e.s en commun, des goûts partagés et une préférence pour l'anarcho punk plutôt que le skramz !

- Elyas, depuis un certain temps, j'ai envie de te parler de ce qui va suivre, je me souviens que t'avais abordé le sujet avec Till de Guerilla Poubelle après le concert que vous avez donné avec Coupure et Cruise On The Styx à Paris l'été dernier. Le texte de "Jeune À En Crever" fait des tourbillons dans ma tête actuellement. J'ai 23 ans, et j'ai l'impression que tout ce temps est passé injustement trop vite, surtout les 3 dernières années en fait. Je sais que ton point de vue, sur ce texte, c'est qu'il ne faut pas avoir peur de vieillir car ce n'est pas un fatal synonyme de perte de convictions et de vitalité. Mais hey, que faire face à la fatalité physique et le matraquage médiatique de campagnes de pub avec des jeunes de 20 piges maximum pour te vendre leurs sappes, leur parfum et leur bouffe, qui te lavent le cerveau à coups de "être jeune c'est trop cool, sois jeune, habille-toi jeune, mange jeune, fais des trucs de jeune, on te paiera tes trucs de jeune" ?

Le monde tel qu'on le connait, avec ces allures de catastrophe, a réussi à faire peser sur toutes nos têtes le poids de l'ordre qu'il fallait accepter de manière non-négociable. C'est déjà une première chose d'en avoir conscience, des provocateurs des années 60 disaient à juste titre que "ceux qui veulent dépasser, dans tous ses aspects, l'ancien ordre établi ne peuvent s'attacher au désordre du présent" et c'est sûrement la partie la plus difficile. Comment dépasse-t-on les valeurs que ce monde a érigé en piliers (qu'elles soient la jeunesse, la réussite individuelle à tout prix, ou toutes les autres) ? Ce sentiment de crever d'ennui dans des vies que nous ne voulons pas dont tu parles, on le connait tous et toutes, à traîner nos carcasses en attendant mieux... Mais ces dernières semaines sont une preuve qu'on peut lutter contre la fatalité de la survie dans ce monde de merde, continuons le début et commençons à nous retrouver ; il nous reste un monde à abattre.

- Je sais que certains d'entre vous jouaient auparavant dans Homesick, une sorte de Lifetime local qui balançaient des ondes plus positives, et je garde d'ailleurs un bon souvenir du concert à Paris en 2014 avec Bangers, Woahnows et CID. Pourquoi avoir choisi de retourner votre veste (à patchs) ? Un besoin plus fort d'expulser le négatif ?

Nous ne pensons pas que c'est un retournement de veste. Musicalement c'est différent, c'est sûr, et le truc c'est qu'avec les 5 membres d'Homesick, on s'est construit, ensemble, autour du hardcore mélo, avec des trucs comme Lifetime notamment ouais. À côté de ça on avait l'envie depuis un petit moment de faire un groupe screamo, emo à la française, et cette envie a pu se concrétiser. Ce groupe a ouvert une brèche, et a pu faire ressortir, d'une autre manière quelle celle de Homesick, notre rage, nos problèmes, nos inquiétudes, ce que tu veux. Nous serions en train de mentir si nous disions que nous avons été hermétiques aux codes apportés par le screamo. Mais dans le propos, Chaviré tient le même discours que tous nos groupes précédents réunis même si il y a un ton particulier qui y est apporté et une tentative de rendre notre fonctionnement un peu plus "transparent". Nous ne pensons pas que cela relève d'un "surplus de négatif" à expulser, nos propos sont plutôt optimistes sur le long terme même si c'est toujours délicat de ne pas être blasé par le monde de merde qui colle à nos vies.

- "Si c'est ça la racaille", pour moi, c'est le "Ultramort" de 2016. Un texte violent, osé, mais nécessaire. Aujourd'hui, cracher sur la marseillaise, c'est presque se ranger aux côtés de Daesh pour l'opinion générale, et je me fais régulièrement engueuler pour ça par ma grande sœur. Alors que c'est quand même un hymne sanglant, une apologie du meurtre et de la haine, peu importe ce qu'on peut dire dessus. Y'a une volonté de marquer les mœurs, même à toute petite échelle, avec vos compos ?

Il y a avec Chaviré une volonté assez affirmée de témoigner des questionnements qui nous traversent, d'ouvrir comme nous le pouvons et avec nos moyens des discussions, c'est pas une histoire de buzz ou de provoc pour marquer les esprits, ces trucs c'est bon pour faire des likes sur Facebook ou finir dans Noisey, on a mieux à faire. Mais si ça a l'air si tranché, c'est aussi face à l'état des choses qui à l'air si solide. Effectivement on préfère prendre le contre-pied du discours dominant et de l'ambiance générale qui fête le repli individuel et le chacun pour soi. On ne fait pas la course au "qui a raison et qui a tort", on fait pas la chasse aux sorcières ou aux plus intègres, mais si ça peut servir au débat général et que c'est une clé contre la résignation pour des personnes alors c'est déjà une petite victoire.




- D'ailleurs, vous faites quoi en dehors de Chaviré ?

On essaye de garder le maximum de temps libre pour vaquer à nos occupations, s'extraire le plus possible du monde du travail et de ses employeurs. Dit comme ça ça peut sonner cliché, évident ou utopiste. Mais nous pensons qu'il est possible de dire que nous avons choisi volontairement des tafs qui nous "autorisent" à faire d'autres choses à côté. Étudiant salarié à mi-temps, intermittent du spectacle, petits boulots... C'est un plaisir d'avoir du temps. Pour soi, pour ses proches, pour de nouvelles rencontres, de nouvelles expériences. Monter un autre groupe juste pour le plaisir de trouver un concept ou bien pour jouer collectivement de la musique, lire, étudier, dormir, "bénévoler", s'ennuyer, organiser des concerts, découper du carton...



- Quand je lis les textes, quand je vois les annotations dans le livret de la démo, tout ce merch DIY, cette implication forte dans le message que vous délivrez, quand j'écoute "La Commune"... Belle Époque revient fortement à l'esprit. C'est l'influence principale du groupe ?

Oui, et puis le choix de notre nom, qui est sans doute un clin d’œil à ce groupe... C'est difficile de parler "d'influence principale" parce que notre inspiration n'est pas unilatérale, mais ce groupe a, pour nous tous, été important à un moment donné dans nos vies. Mais comme on l'a aussi dit un peu plus tôt, nos influences sont diverses et modèlent autant le son que les paroles, autant que Belle Epoque on peut considérer que le Revolution Summer de DC, la rage de Lunatic ou un fanzine comme Plus Que Des Mots ont été des sources d'inspiration sur lesquelles s'appuyer.

- Vous comptez être de ces groupes qui vont splitter après la démo et un EP avec un groupe de potes, où bien vous comptez être un peu plus qu'une simple étoile parmi tant d'autres ?

Moins que d'être une simple étoile nous préférons croire qu'il nous reste encore beaucoup à faire avec tant d'autres. On a encore des choses à dire, on a encore à des choses faire et à partager. Tout ça nous plaît, et puisque les paillettes ne font pas encore de nous une génération heureuse, on fait avec nos grises pensées, on essaie de les dépasser, tou.te.s fatigué.e.s de cultiver la distance. Pour le reste, pas de plan de carrière, on a toujours pas de réponse, on est de ceux et celles qui préfèrent avancer à la dérive.

- Le champ lexical nautique est hyper présent dans le screamo français. Y'a très souvent des références visuelles ou lyricales aux bateaux, à la piraterie, au naufrage... C'est une sorte de tradition millénaire ? Est-ce qu il y a un colloque de jeunes loups de mer et de vieux briscards de la piraterie dans les caves ?

"Depuis les chaînes et les bateaux je rame, t'inquiète aucune marque dans le dos man, j'les ai dans le crâne." Booba - Le bitume avec une plume.

- C'est quoi le bonheur en France aujourd'hui ?






Chaviré se prépare actuellement à tourner dans l'Europe de l'Est, et jouera à Vienne le 25 Juillet, un jour après le Fluff Fest, avec Dawn Ray'd (black metal anarchiste ex-We Came Out Like Tigers) et Lost Boys (sublime screamo allemand). Et ils passeront bien évidemment le 14 Juillet sur scène, à la Salle Gueule (Marseille), avec Canine. Voici le récapitulatif des dates, dont celles ou le groupe a toujours besoin d'aide.

14.07 – Marseille (FR)
15.07 – Cesena (IT)
16.07 – Mantova (IT)
17.07 – HELP ! (SLO / CRO)
18.07 – Belgrade (SR)
19.07 – Kumanovo (MKD)
21.07 – Istanbul (TUR)
22.07 – HELP ! (BRG)
23.07 – HELP ! (ROM)
24.07 – HELP ! (HUN)
25.07 – Vienna (AUT)
26.07 – Munich (DE)
27.07 – TBA (FR)

Vous pouvez retrouver les manifestes de Chaviré et les punchlines les plus sensées de PNL via leur page Tumblr, et les y contacter pour les faire jouer dans un squat, un bar, un salon, n'importe quoi.

"On sort de la merde, on sent même plus l'odeur, j'suis tombé et je me relève, ouais mais à quelle hauteur ?".




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